Jeune homme assailli par deux femmes cougars

Cougars : ces femmes mûres qui aiment les jeunes

Publié le 04/09/2015 · Publié dans Rencontre

Phénomène sociologique à part entière, la rencontre cougar (visant à mettre en relation une femme mure et un homme beaucoup plus jeune) n’en finit pas de faire couler de l’encre et d’user des touches de clavier. Le sujet est juste assez sulfureux pour donner envie de feuilleter les pages d’un magazine l’affichant en Une ou d’inciter au clic sur un site internet tout en restant suffisamment « grand public » pour l’aborder dans un média mainstream. Alors forcément, lorsqu’ils veulent ou doivent pondre un papier susceptible de séduire un maximum de lecteurs, les journalistes en panne d’inspiration n’hésitent pas à dégainer ce sujet qui fait mouche à tous les coups au point que l’on puisse presque le considérer comme un « serpent de mer » (formule journalistique désignant un thème récurrent, un peu croustillant ou sensationnel et qui ratisse large). Mais ne leur jetons pas la pierre car les blogueurs ont aussi régulièrement recours à ce procédé peut-être quelque peu discutable mais diaboliquement efficace…

Courteney Cox et Nick Zano dans la série "Cougar Town"

Crédits photo : Richard Cartwright/ABC

Bref, revenons à nos moutons ou plutôt à nos « pumas » puisque ce sont en réalité ces cousins Nord-Américain des panthères que désignent le terme « cougars », un anglicisme apparu dans les années 2000 et devenu très populaire en France suite à la diffusion de la série américaine « Cougar Town » en 2009 (il faut en revanche attendre 2011 pour trouver ce mot dans les dictionnaires français, d’abord orthographié « couguar »). En creusant un peu plus loin, ce mot aurait été utilisé pour la première fois dès les années 80 au Canada par des joueurs de hockey sur glace pour désigner des femmes mûres supportant leur équipe. Mais d’après le lexicographe Grant Barrett, ce n’est qu’en 1999 qu’on en trouve la première trace écrite, dans le nom d’un site de rencontres canadien créé par deux femmes cette année là : « Cougardate.com » (pour la petite histoire, le neveu d’une des deux créatrices lui aurait dit qu’elles lui faisaient penser à deux cougars à l’affut de petites proies sans défense…). Dans la foulée, en 2001, sort un livre écrit par Valerie Gibson qui popularise le terme, « Cougar: A Guide for Older Women Dating Younger Men » (« Couguar : un guide pour les femmes matures qui veulent rencontrer des hommes plus jeunes »). Pourtant, malgré les racines nord-américaines de ce terme sur le plan linguistique, le phénomène auquel il fait référence existait bien avant, notamment en France, sous la forme d’un rite initiatique assez fréquent (qu’il soit fantasmé ou réel) au cours duquel un jeune homme a une première expérience sexuelle avec une femme beaucoup plus âgée.

Ce phénomène ne serait qu’un pur produit des médias ?

L’amour entre une femme d’âge mûr et un jeune homme est dépeint très tôt dans la littérature puisque l’on trouve des œuvres classiques célèbres autour de ce thème, notamment parmi les romans d’apprentissage, dès la fin du XIXème siècle : « L’Éducation sentimentale » de Gustave Flaubert paru en 1869 ou « Chéri » et « La fin de Chéri » de Colette (parus respectivement en 1920 et 1926).

Anne Bancroft et Dustin Hoffman dans "Le Laureat", 1967

Anne Bancroft et Dustin Hoffman dans « Le Laureat », 1967

Bien qu’on ne leur ait toujours pas encore attribué de petit nom à l’époque, les couguars étaient déjà bien représentées dans la culture populaire dès la fin des années 60, notamment au cinéma. Citons par exemple « The Graduate » (titre français : « Le Lauréat ») qui est une comédie dramatique américaine adaptée d’un roman du même nom de Charles Webb et réalisée en 1967 par Mike Nichols (Oscar du meilleur réalisateur en 1968), qui met en scène une liaison entre un étudiant prénommé Benjamin (Dustin Hoffman) et Madame Robinson (Anne Bancroft), une amie de ses parents qui a le double de son âge. Lors de sa sortie le film choque une partie de l’Amérique, alors divisée entre le puritanisme conservateur et la libération sexuelle impulsée par les débuts du mouvement hippie, parce qu’il ose montrer une relation (purement sexuelle) entre un tout jeune homme et une femme beaucoup plus âgée. Pourtant, contre toute attente, « The Graduate » rencontre un énorme succès et est aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands films américains de l’histoire. Enfin, la célèbre chanson « Mrs. Robinson » du duo Simon & Garfunkel fut écrite pour le film.

Quelques années plus tard, c’est la télévision qui reprend le concept, notamment à travers des séries US telles que « Sex and the City » dont le premier épisode fut diffusé en 1998 sur HBO et dans lequel on découvre le personnage de Samantha Jones (interprété par Kim Cattrall), une superbe blonde aux formes généreuses qui incarne LA femme cougar par excellence. Sexy, séductrice, coquine et sans complexe, Samantha croque la vie et les hommes de tous âges à pleines dents au fil des épisodes. Je pense que c’est vraiment cette série qui a permis aux cougars de faire leur coming out dans la société car c’est la première fois qu’une série rencontrant un immense succès planétaire s’intéresse autant à la sexualité des femmes mûres.

Samantha Jones, la cougar de Sex and the City

Vous vous rappelez forcément de Samantha Jones, cette blonde pulpeuse qui dévorait les hommes dans Sex and the City et avait notamment un penchant pour les plus jeunes : dans cet extrait vidéo la célèbre femme cougar de la série séduit un livreur à domicile mais Carrie les surprend au mauvais moment…

Les people ont également joué un rôle important dans la popularisation du « phénomène cougar » en raison de leur forte exposition médiatique : Demi Moore et Ashton Kutcher (15 ans de moins), Mariah Carey et Nick Cannon (11 ans de moins) ou encore Madonna et ses nombreuses liaisons avec des hommes plus jeunes qu’elle. Probable relation de cause à effet, l’année 2009 voit alors s’abattre sur le cinéma une déferlante de films et de séries centrés sur une relation de ce type : « Cheri » de Stephen Frears (adaptation du roman du même nom de Colette évoqué plus haut) avec Michelle Pfeiffer et Rupert Friend, « Spread » de David Mackenzie avec Anne Heche et Ashton Kutcher (sorti en français sous le titre « Toy Boy« ), « The Rebound » de Bart Freundlich avec Catherine Zeta-Jones et Justin Bartha (« Mon babysitter« , film nullissime au demeurant), « Cougar Town » (série américaine citée au début de l’article) ou encore « Eastwick » de Maggie Friedman.

Aussitôt la presse s’intéresse à son tour aux relations entre les femmes matures et les jeunes hommes. Aux États-Unis, de très gros médias mainstream, tels que « Newsweek » qui alla jusqu’à déclarer 2009 comme étant « l’année de la couguar » (Why 2009 Is the Year of the Cougar) ou « The New York Times » qui nous invitait à repenser les relations entre une femme mure et un jeune homme (Rethinking the Older Woman-Younger Man Relationship), se sont emparés du phénomène. Tandis que ces publications américaines sont plutôt bienveillantes à l’égard du « phénomène cougars », certains grands médias français sont, au contraire, très critiques allant même jusqu’à remettre en cause sa réalité arguant qu’il s’agit tout au plus d’un « non événement » voire d’un mythe (« Y a pas de quoi fouetter une couguar« , Libération et « Avez-vous déjà rencontré une cougar ?« , L’Express). Soit, et sur le fond ils n’ont peut-être pas tort, mais je décèle quand même là une pointe d’hypocrisie voire de schizophrénie… En effet, tout en niant l’existence de ce phénomène sur le plan sociologique, taclant volontiers au passage tous ceux qui ont contribué à son émergence (en particulier la presse people et le cinéma), ces mêmes médias nous servent de la couguar à toutes les sauces ! Pour s’en convaincre il suffit de taper « femme cougar » dans le moteur de recherche interne de leurs sites, le résultat est édifiant : 48 articles pour LExpress.fr et 44 pour Liberation.fr ! L’appât du clic plus fort que l’intégrité ? Probablement…

Une femme mure enlace un jeune homme

Autant on peut difficilement nier l’existence d’une impressionnante machinerie marketing bien huilée exploitant à fond toutes les facettes de ce phénomène et savamment orchestrée par différents médias très opportunistes (presse people, télévision, cinéma, publicité et sites de rencontre), autant on ne peut pas non plus affirmer que les relations entre couguars et « lionceaux » (aussi appelé « toy boys ») sont un mythe. D’abord parce qu’il existe une composante physiologique bien réelle qui pousse inconsciemment les femmes mûres dans les bras de jeunes étalons : la probabilité de réussir à concevoir un enfant tardivement est plus importante qu’avec des hommes de leur âge. Ça ne signifie pas, évidemment, que toutes les femmes de plus de 35 ans éprouvent le désir de coucher avec des jeunes (d’autant plus que beaucoup ont déjà des enfants et n’en veulent pas d’autres voire n’en veulent pas du tout) mais ça explique en partie ce penchant qu’ont un certain nombre d’entre elles. D’autre part, sur le plan matériel notamment, le féminisme a également contribué, d’une certaine manière, au développement des relations entre des femmes matures et de jeunes hommes. En effet, le modèle opposé (femmes jeunes en couple avec des hommes plus âgés) fut la norme pendant des siècles pour des raisons essentiellement matérielles liées, principalement, au travail : l’homme travaillait, gagnait de l’argent et la femme, dont le rôle était restreint à celui de mère et d’épouse, recherchait sa protection. Mais quand les femmes ont enfin pu accéder à des emplois mieux rémunérés et à pouvoir espérer gagner autant d’argent que les hommes (bien qu’il y ait encore des progrès à faire en la matière…), certaines ont commencé à se tourner vers des partenaires plus jeunes qu’elles, tant pour de simples plans cul que pour des relations durables. Ces cougars sont alors attirées par la vitalité, le dynamisme et le physique de ces lionceaux mais aussi, parfois, par le goût de l’aventure ou le rôle « éducatif » qu’elles peuvent jouer vis-à-vis d’eux, notamment en matière de sexualité. D’après plusieurs études, bien qu’il reste faible, le nombre de femmes en couples avec des hommes plus jeunes (mariés ou en concubinage) a doublé entre 1960 et 2007 ce qui constitue, du point de vue des sociologues, une réelle évolution.

Capture d'écran du site Cougars Avenue

Rencontrer des cougars sur internet

Les médias traditionnels n’ont pas été les seuls à faire preuve d’un opportunisme éhonté autour de ce phénomène puisque de nombreux sites de rencontres ont très rapidement surfé sur la vague, profitant au maximum de l’exposition médiatique dont faisaient l’objet les femmes cougars qui ont alors endossé, bien malgré elles, ce rôle de « prédatrices » qui leur colle à la peau. Aujourd’hui ces sites de rencontre cougar sont si nombreux qu’aucune étude un tant soit peu sérieuse n’est en mesure d’en déterminer le nombre. Ça va du site édité par de gros groupes et conçu selon le modèle classique de la rencontre en ligne (Cougars Avenue ou So Cougar par exemple) au petit blog indépendant sous forme de petites annonces tel que MaCOugarAMOI dont le nom, plutôt bien trouvé, est on ne peut plus évocateur (la référence à la fameuse chanson « Ma Salope à Moi » de Doc Gyneco est assez évidente). Si vous avez la curiosité de cliquer sur les liens pour aller jeter un œil à ces sites, il y a un dénominateur commun qui devrait normalement vous sauter aux yeux : le marketing est entièrement et très clairement orienté vers les hommes. Les slogans, notamment, s’adressent sans détour à un homme jeune qui souhaite rencontrer une femme mure : « Femmes expérimentées cherchant jeunes hommes plein d’ardeur » ou encore « Bienvenue sur le territoire des mangeuses d’hommes !« . Compte tenu de la spécialité de ces sites de rencontre pour adultes on aurait pu penser qu’ils s’adresseraient, au moins en partie, également aux femmes cherchant à rencontrer des hommes plus jeunes mais non. Ceci étant, si vous vous y inscrivez vous n’aurez du coup aucune difficulté à trouver un partenaire car vous aurez assurément l’embarras du choix !

Un terme qui est loin de faire l’unanimité chez les femmes

Quel que soit leur âge et leurs pratiques sexuelles, la majorité des femmes voient dans l’appellation « cougar » une connotation négative, dégradante voire insultante en raison du caractère animal associé à ce terme qui les confine dans un rôle de prédatrice avec la notion d’agressivité qui en découle. Par extension, on peut également y percevoir un côté « intéressée » d’un point de vue sexuel qui peut faire naître une forme de gêne. Pourtant, si l’on fait abstraction des célébrités couguars du show-biz, la plupart des femmes qui ont une relation avec un homme plus jeune ne l’ont pas forcément cherché, c’est simplement arrivé comme ça, de la même manière que débute n’importe quelle autre relation amoureuse. La différence aujourd’hui réside dans le fait qu’une femme ne s’interdit plus de sortir avec un homme plus jeune lorsque l’occasion se présente, probablement parce que la sur-médiatisation du phénomène cougar a contribué à ce que ce type de relations soit mieux accepté dans la société. Enfin, bien que minoritaires, certaines femmes assument pleinement ce statut de « cougars » qui les renvoie à l’image d’une femme libre, indépendante et forte ayant une sexualité active et épanouie.

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[Autres sources non citées dans le corps de l’article]